Journée internationale du droit des femmes La famille Boulay-Bélanger

Présentez-vous. Quelles sont vos occupations professionnelles?

Marc Boulay : J’ai 38 ans et je suis organisateur communautaire au CISSS Côte-Nord. Geneviève Bélanger : J’ai 37 ans et je suis ergothérapeute.
Juliette Boulay : J’ai 11 ans et je vais à l’école Leventoux.
Sofia Boulay : J’ai 9 ans et je vais à l’école Leventoux.
Flavie Boulay : J’ai 5 ans et je vais l’école Leventoux.

Qu’est ce que le féminisme représente pour vous? À quel moment votre côté féministe est interpellé dans votre quotidien?

Marc Boulay : Tous les jours parce que je suis un papa de trois filles. Je travaille aussi dans un milieu de filles et je trouve ça intéressant que toutes les femmes prennent leur place.

Geneviève Bélanger : La confiance en soi est un enjeu important pour le développement des enfants. C’est sûr qu’en tant que maman de trois filles, c’est quelque chose qu’on a toujours en tête, qu’elles prennent leur place et qu’elles ne pensent pas que parce qu’elles sont des filles, il y a des choses qu’elles ne peuvent pas faire. C’est important que très tôt, elles soient capables de s’affirmer et de prendre leurs places.

Juliette Boulay : Je ne sais pas vraiment ce que c’est. Cependant, en histoire, on a vu le droit de vote et avant ce n’était pas juste. Les femmes n’avaient pas le droit de voter, ni de travailler, elles ne pouvaient rien faire.

Sofia Boulay : Je pense que les filles et les garçons peuvent faire les mêmes choses. Il y a des garçons qui disent que leur couleur préférée est le rose, mais les filles répondent, non, ce sont juste les filles. Moi je pense que chacun a le droit d’avoir ses goûts et ses sentiments.

Appuyez-vous les différentes luttes féministes? Si oui, comment ?

Marc Boulay : Oui, dans mes actions que je porte au quotidien.

Geneviève Bélanger : C’est une question de philosophie que nous avons incarnée. Ce n’est pas du militantisme haut et fort, mais c’est dans notre perception, notre philosophie au quotidien.

Marc Boulay : Mon implication de tous les jours dans la maison. C’est autant Geneviève que moi qui allons aux rencontres scolaires et aux différents rendez-vous des enfants.

Êtes-vous pour les quotas ?

Marc Boulay : Je suis pour les quotas, à condition que ce soit transitoire. Je pense qu’il faut mettre des règles et des moyens en place pour s’assurer d’une certaine équité. Je vais vous donner un exemple ; dans les universités, c’est rendu que plus de 60% des étudiants sont des femmes. Dans les écoles de haute finance, dans les grosses compagnies, les administrateurs sont majoritairement des hommes. En ce sens, il y a quelque chose de pas logique.

Je trouve ça correct d’imposer des quotas pour un temps de transition pour permettre aux gens de développer certains réflexes. Je pense que d’ici 15 ou 20 ans, nous n’aurons plus besoin des quotas.

Geneviève Bélanger : Si c’est pour donner un coup de pouce, pour orienter un changement. C’est important de considérer la notion d’équité, pas juste d’égalité.

 

Le féminisme est-il encore nécessaire de nos jours ? Pourquoi? Quels sont les enjeux ?

Geneviève Bélanger : Il y a encore des écarts. Je suis dans un milieu traditionnellement féminin et au niveau de l’équité, on a encore du chemin à faire. Quand je me rends compte que les enfants sont moins au fait de ce genre de situation, j’ai tendance à penser que l’écart est en train de diminuer et c’est un bon signe. Par contre, ça ne veut pas dire que tout est gagné, il reste encore un changement de culture à opérer. On parle de travail, mais c’est dans d’autres domaines aussi. Si je ramène ça au développement affectif, on se rend compte qu’il y a certaines émotions qui ont été plus acceptées par rapport à un sexe et d’autres qui ont été moins tolérées. Entre autres, à une certaine époque, j’ose espérer que c’est moins le cas aujourd’hui, la colère chez les garçons c’était mieux tolérée. C’était comme-ci c’était une émotion masculine, virile, lié à la testostérone. Tandis que les filles qui démontraient de la colère, on associait ça à de l’hystérie. Pour d’autres émotions, c’est le contraire, comme la tristesse. Les petites filles tristes, on les protège, on les enveloppe et chez petits garçons, on souhaite qu’ils s’endurcissent. Ça entraine un décalage, ça a des conséquences plus tard dans la gamme des émotions qu’on vit et sur ce qui surgit en fonction de ce qu’on vit, parfois il y a un biais au niveau du vécu émotionnel. J’ose espérer que le féministe et l’égalité des sexes va permettre à une plus grande intelligence émotionnelle d’émerger autant chez les garçons que chez les filles. Parce que toute la gamme va être autorisée, accueillie, valorisée indépendamment des sexes.

 Selon vous y a-t-il des jouets plus pour les filles et plus pour les garçons ?

Sofia Boulay : Non parce qu’il y a des garçons qui aiment mieux jouer avec des poupées qu’avec des dragons. Il y a des filles qui disent que ce sont des jouets de filles, donc tu n’as pas le droit de jouer, mais il faudrait qu’ils soient gentils les uns avec les autres.

Juliette Boulay : C’est les gars qui jouent au soccer durant la récréation. Ils ne veulent pas de filles dans leur équipe parce qu’ils disent qu’elles sont poches. Si on reprend l’exemple de la poupée, moi je trouve que ce n’est pas correct. Quand on joue à la poupée quand on est petite fille c’est surtout pour démontrer de l’affection à un jouet, pour faire comme une petite maman. Si un gars veut faire comme papa, il peut démontrer de l’affection a un jouet et s’ouvrir à lui.

Geneviève Bélanger : Ça ne va pas le féminiser, il va devenir un père.

Juliette Boulay : Avant les gars n’avaient pas de journal intime, parce que ça faisait un petit peu plus fille. C’est bien, moi j’en ai un pis j’aime ça pour pouvoir expliquer ce que je sens.

Sofia Boulay : Il faut vraiment que le monde comprenne que tous les jouets sont pour tous qu’il y a des gars qui aiment jouer à la poupée et des filles au hockey.

Geneviève Bélanger : C’est plus une question de personnalité et de tempérament.

Sofia Boulay : Si je voulais faire du hockey et que l’équipe ne voudrait pas m’accepter, ça ne se fait pas. Il faut accepter tout le monde, gars ou fille.

C’est comment élever des enfants en 2019 ? La répartition des tâches en 2019 et dans votre demeure ?

Geneviève Bélanger : La répartition des tâches ici ce n’est vraiment pas un problème. C’est vraiment, vraiment 50/50. On a séparé ça par intérêt.

Marc Boulay : Geneviève préfère cuisiner et moi ça ne me dérange pas de faire la vaisselle. Ça s’est fait naturellement. Il y a des choses qu’on n’a pas pu séparer quand les enfants étaient bébés, je n’aurais pas pu allaiter. Geneviève s’impliquait a 100% là-dessus pis moi je réalisais d’autres tâches. C’était ma façon de la supporter.

Juliette Boulay : Quand les enfants sont petits, ils sont plus attachés à leur mère parce que c’est elle qui l’a créé et qu’elle l’allaite. Dans ce cas, c’est plus difficile d’être 50/50.

Marc Boulay : Le papa s’implique plus dans la maison et auprès des enfants plus grands.

Juliette Boulay : Les bébés quand ils naissent, ils aiment plus leurs mères.

Geneviève Bélanger : C’est une façon de le nommer, mais en fait c’est ce qui se passe. Il y a une figure d’attachement principale. Il y en a une. Parce que dans la nature, en situation de danger, le petit doit savoir en priorité vers qui se tourner, il n’a pas le temps d’hésiter entre deux. Nécessairement dans les débuts de vie, il y a une figure d’attachement considérée figure d’attachement principal et c’est sain que ce soit comme ça. C’est parce que c’est la personne la plus présente aux côtés de l’enfant. Dans le contexte où ce serait le père qui prendrait le congé parental complet, c’est lui qui deviendrait la figure d’attachement principale. Ce serait possible.

Sofia Boulay : Ce n’est pas que les bébés aiment plus la mère que le père, ils les aiment égaux. C’est juste qu’il a été créé dans le ventre de ça mère, il est plus habitué à elle.

Geneviève Bélanger : Tu l’expliques vraiment bien parce que l’amour c’est un sentiment et l’attachement c’est biologique. Ce n’est pas du tout le même processus. C’est pour ça que je trouve que dans le féministe parfois, il y a une petite notion d’équité à faire attention. Tout n’est pas égalité. Il faut toujours avoir un souci d’équité. C’est normal qu’il y ait des enjeux qui sont un peu différents surtout au niveau de la paternité et de la maternité. On n’en viendra pas nécessairement à de l’égal, mais a de l’équitable. Parfois dans la lutte du militantisme féministe, on a besoin d’aller vers l’égalité pour être capable de mesurer, parce que sinon l’équité, il y a matière à jouer là-dessus. Ça pourrait jouer en notre défaveur, si on tient pour acquis que les femmes n’ont pas les mêmes besoins. Il faut faire attention, car il y a des dangers de glissements.

Quels sont les enjeux féministes dans l’éducation de vos enfants ?

Marc Boulay : Un de mes enjeux c’est que mes filles sachent qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent et étudier dans tous les domaines.

Geneviève Bélanger : Dans les rapports amoureux à l’adolescence, il y a encore beaucoup d’iniquité et de stéréotypes. Je pense entre autres aux garçons qui ont beaucoup de conquêtes et qui sont bien vus et aux filles dans la même situation qui n’ont pas le même traitement. Je ne souhaite vraiment pas qu’on tombe là-dedans. Je souhaite qu’elles aient une sexualité épanouie, assumée et respectueuse.

Marc Boulay : On l’a dit tantôt, nous ici, dans les rapports et les rôles, on a essayé de faire en sorte que ce ne soit pas stéréotypé. La maman fait ça… Le papa fait ça… Mais, ça se peut qu’un des amoureux de mes filles vienne d’une éducation stéréotypée et le garçon aurait plus cette vision-là. Je souhaite que dans ce cas-là, mes filles soient capables de prendre leurs places et qu’elles puissent démontrer le gros bon sens des rapports égalitaires.

Geneviève Bélanger : Que mes filles sachent ce qu’elles sont en mesure d’exiger comme respect et ce qu’elles acceptent dans leur relation ou pas. On veut qu’elles aient de hauts standards, mais qu’elles aussi les rencontrent.

On sait que l’adolescence est une période intense au niveau des émotions et surtout de l’amour. Des premières fois de tous les horizons, relationnels, sexuels, etc. En ce sens, quels conseils donneriez-vous aux ados d’aujourd’hui ?

Geneviève Bélanger : L’éducation à la notion de consentement éclairé. Ça commence chez les tout-petits, par exemple, de ne pas leur montrer qu’en échange d’un cadeau, ils doivent obligatoirement faire un bec ou donner des câlins sur demande. Quand les tout-petits s’engagent dans une activité, les gens tiennent à ce qu’ils terminent jusqu’au bout. Nous, à l’opposé, on les incite à explorer mais on met de l’avant qu’ils peuvent changer d’idée. On en discute, mais ils savent qu’ils peuvent se rétracter en tout temps. On essaie de préserver leur intuition et qu’elles apprennent à s’y référer. Ça demeure le meilleur guide en vieillissant. Et évidemment, exigez le respect de l’autre et respectez les autres.

Marc Boulay : Pour toutes les décisions que tu dois prendre, tu n’as pas à te questionner si c’est une bonne décision pour un gars ou pour une fille. Si elle te plaît, prend la, peu importe !

Geneviève Bélanger : Je souhaite que dans le futur, on ne considère plus gars/fille, qu’on considère juste l’humain avec ses intérêts, ses valeurs, ses goûts. Le rapport à l’autre ne devrait pas être défini par le genre.

 

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